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« Tout au long de la carrière du cheval, être à son écoute » Olivier Perreau

De la formation des jeunes chevaux à la gestion millimétrée des champions confirmés, la réussite au plus haut niveau ne tient jamais au hasard. Cavalier partenaire du Groupe GL events, médaillé de bronze par équipes lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 et multi-performer sur le circuit cinq étoiles, Olivier Perreau dresse ici un état des lieux lucide de sa philosophie : comment accompagner un cheval vers le sommet, comment préserver son potentiel entre les grandes échéances sportives, et comment se projeter dans des objectifs à court et long termes sans brûler les étapes. Une plongée au cœur de l’envers du décor du sport de haut niveau, entre performance et respect du cheval.
Vous insistez souvent sur l’importance d’« écouter » ses chevaux. Au-delà de l’intuition, comment cela se traduit-il concrètement dans la gestion quotidienne d’un cheval de sport de haut niveau ? 
OLIVIER PERREAU : Être à l’écoute, c’est d’abord être très proche de ses chevaux au quotidien. Quand on les connaît bien, on apprend à lire des choses très fines : leur comportement à l’écurie, leur regard, l’expression de leurs yeux, la position de leurs oreilles, leur attitude au travail, l’état de leur poil, leur énergie générale. Ce sont parfois des détails, mais ce sont eux qui donnent de vraies indications sur la forme du cheval à un moment donné. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas courir. Certains chevaux ont besoin de sortir plus souvent en concours, d’autres supportent moins bien l’enchaînement des épreuves. Il y a des chevaux qui peuvent courir régulièrement sans que cela ne pose de problème, et d’autres pour lesquels il faut davantage espacer les échéances. Il n’y a pas de recette universelle : chaque cheval est différent, et il faut du temps pour apprendre à vraiment le connaître.
 
Avec la multiplication des compétitions et la pression du classement mondial, comment éviter de tomber dans une logique d’enchaînement systématique des concours quand un cheval performe ? 
O. P. : C’est vrai qu’aujourd’hui, il y a des concours partout, un calendrier très dense, et aussi une pression liée au classement. Mais l’essentiel reste d’aller au rythme de ses chevaux. On a désormais suffisamment de compétitions pour pouvoir construire de vrais programmes, se fixer des objectifs précis et planifier la saison intelligemment. L’idée, ce n’est pas de courir tout le temps, mais de choisir les bonnes échéances, celles qui font sens dans la progression du cheval. Cette planification permet justement de préserver les chevaux dans la durée, tout en restant compétitif au plus haut niveau.
 
La carrière d’un cheval commence tôt. Quel regard portez-vous sur le circuit Jeunes Chevaux ? 
O. P. : Pour moi, le circuit Jeunes Chevaux reste avant tout un circuit de formation. Je comprends parfaitement qu’il y ait des éleveurs ou des marchands pour qui c’est une vitrine essentielle, notamment pour valoriser et vendre leurs chevaux. Des événements comme la Finale de Fontainebleau permettent de montrer les chevaux dans de bonnes conditions, et c’est très important pour la filière.
De notre côté, dans une écurie orientée vers le sport de haut niveau, on peut se permettre de prendre un peu plus de temps. Vendre un cheval un peu plus tard n’est pas forcément un problème. Ce qui m’importe, c’est de respecter le rythme de chaque cheval. Certains ont besoin de finir leur développement physique, d’autres sont plus précoces. Tout dépend du cheval, de son modèle, de sa maturité mentale, mais aussi du contexte et des objectifs de chacun. Pousser un jeune cheval trop tôt n’est pas toujours une bonne idée. L’important est d’adapter le programme à l’individu et de ne pas brûler les étapes sous prétexte qu’un cheval montre de belles choses très jeune.
 
Quand les résultats s’installent, la pression peut venir aussi bien du cavalier que de l’entourage. Comment gérer cette dimension humaine, notamment avec les propriétaires ? 
O. P. : La question de la gestion du cheval ne se pose pas de la même manière selon qu’il s’agit de son propre cheval ou d’un cheval de propriétaire. Quand le cheval vous appartient, on est évidemment plus libre dans ses décisions. Avec des propriétaires, l’essentiel est d’être alignés sur la vision globale de la gestion du cheval. Si l’on n’est pas d’accord sur la manière de faire évoluer un cheval, sur le rythme de compétition ou sur les objectifs à viser, cela devient très compliqué de travailler ensemble. Avec les personnes avec qui je collabore, soit on partage la même vision et on avance dans la même direction, soit cela ne fonctionne pas sur le long terme. S’il y a trop de divergences, l’un voulant courir davantage quand l’autre souhaite lever le pied par exemple, cela crée des tensions qui ne sont pas bonnes ni pour le cavalier, ni pour le propriétaire, ni surtout pour le cheval.
 
Le sport de haut niveau implique-t-il, selon vous, une part de prise de risque dans la gestion de la carrière d’un cheval ? 
O. P. : Le sport de haut niveau demande forcément, à certains moments, de se mettre un peu en difficulté pour franchir des paliers. Mais notre sport est particulier, parce qu’il implique un être vivant. On ne peut pas raisonner uniquement en termes de performance ou de résultat immédiat. Personnellement, j’essaie surtout de fixer des objectifs et de construire un programme cohérent pour y parvenir. Ce n’est jamais simple, parce qu’un cheval peut aussi connaître des baisses de forme à des moments clés, ou traverser des périodes plus compliquées. Rien n’est jamais totalement linéaire. Le calendrier actuel est plutôt une chance dans cette logique. Plus il y a de compétitions, plus la filière fonctionne et plus les cavaliers ont accès au haut niveau. Quand plusieurs concours majeurs ont lieu le même week-end, cela ouvre davantage d’opportunités. Et pour la gestion du cheval, c’est aussi positif : comme il y a toujours d’autres échéances, on peut se permettre de lever le pied et de faire l’impasse sur certains rendez-vous, sans avoir l’impression de tout jouer sur une seule date. Le plus difficile aujourd’hui, c’est finalement d’avoir suffisamment de chevaux de qualité pour suivre le rythme du très haut niveau.
 
À quel horizon construisez-vous vos grands objectifs sportifs ? 
O. P. : En général, je me projette sur une année. Les grands objectifs se construisent sur la durée, avec des étapes intermédiaires. Par exemple, avant d’envisager des objectifs majeurs, il y a souvent des passages obligés qui permettent de valider un niveau de performance. Mais on reste toujours dépendants de l’état de forme du cheval, de son évolution, et des choix qu’on a à faire en cours de saison. On peut se projeter, se fixer de beaux objectifs, parfois même rêver un peu, mais il faut rester capable de s’adapter en permanence. Dans notre sport, rien n’est jamais totalement écrit à l’avance.